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 par Kerlens Tilus

La question qu’on s’est posé ici est une question qui hante l’esprit de nombreux de nos compatriotes qu’ils soient en Haïti ou dans la diaspora. Tout analyste qui réfléchit sur le dilemme haïtien doit éviter toute explication superficielle face à la pauvreté et le sous-développement endémiques que connait Haïti. Les indicateurs de développement sont au plus bas; les acteurs politiques et économiques ne donnent aucune indication que l’avenir recèle en lui quelque chose de prometteuse pour les Haïtiens. Comment sommes-nous arrivés là? Et qu’est-ce qu’on devrait faire tangiblement pour sortir ce pays de l’ornière du marasme? Quelle est la part de responsabilité du Blanc dans notre misère et quel rôle que nous devrons jouer comme citoyens pour sortir notre pays du trou dans lequel il est embourbé? C’est à ce questionnement qu’on va répondre dans ce article qui sera une photographie, une sorte d’anamnèse du malade Haïti.

Le fondateur de la nation haïtienne avait une vision claire et précise pour l’érection d’une nation prospère et viable. La Constitution de 1805 dit long sur cette vision d’égalité, d’équité, de justice sociale et de séparation équitables des richesses répertoriées dans le nouvel état Haïti. Il faut rappeler que l’alliance qui a rendu possible l’indépendence était passée entre les noirs et les mulâtres. Si les noirs étaient pour la plupart des esclaves, les mulâtres avaient accès à la terre et étaient détenteurs de richesses dans la colonie de Saint Domingue. Tout simplement, ils ne pouvaient pas jouir de leurs droits civils et politiques. Pour eux, une alliance avec les noirs qui étaient plus nombreux était le seul moyen de parvenir à leur fin d’avoir mainmise sur la gestion politique et administrative de la terre de Saint Domingue.

Quand après l’indépendence, l’Empereur Jean Jacques Dessalines devant l’accaparement de toutes les richesses du nouvel état par les généraux noirs et mulâtres exclama: “Et les noirs dont les pères sont en Afrique n’auront-ils rien”, les forces ténébreuses ont vite compris que Dessalines était l’homme à abattre. Le 17 Octobre 1806, le Général Pétion Alexandre et un groupe d’apatrides ont assassiné l’empereur. Et c’est la qu’a commencé la débâcle d’Haïti. Nous avons passé plus d’un siècle à nous entre-tuer pour le contrôle du pouvoir politique. Ce qui nous a valu une occupation américaine en 1915. Depuis 1915, le Blanc Américain a mis ses pieds sur le cou d’Haïti et continue jusqu’à ce jour à l’étouffer. Si l’on souffre aujourd’hui, le Blanc a sa part de responsabilité. Qu’il s’agit du Blanc Français, de l’Anglais, du Canadien et de l’Américain, ils sont tous coupables vu qu’ils ont exploité les richesses naturelles de ce pays et ont tapé dans les ressources humaines de notre pays.

L’adage créole stipule : “si pa gen sitirè pa gen vòlè”. Le Blanc a lui seul ne saurait nous mettre à genoux. Il a fallu bien la collaboration de conzés haïtiens qui, depuis 1806 se sont comportés en caméléons pour non seulement se mettre au service du blanc, mais vendre leurs frères et soeurs, et contrecarrer tout mouvement visant à relever ce pays de l’ornière du marasme. Qui ne savent pas que nos dirigeants sont nommés par des dirigeants étrangers et les élites répugnantes? Qui ne savent pas que la bourgeoisie anti-nationale a le contrôle de nos dirigeants politiques qui leur permettent de faire tout ce qu’ils veulent pour réduire le pays à une peau de chagrin? Qui ne savent pas que bon nombre d’acteurs de la société civile sont sur payroll des ambassades étrangères et de la communauté internationale ?

Regarder le Blanc dans les yeux est une question d’hardiesse et de courage. Aujourd’hui, les conzés et les apatrides qui nous dirigent ne peuvent pas regarder le Blanc dans les yeux puisqu’ils sont à son service. Mais, toute proportion bien gardée ceux qui résistent, ceux qui sont victimisés peuvent faire ce coup d’oeil, offrir leur regard en signe de résistance pour dire non au néo-esclavagisme et au néocolonialisme. Haïti ne peut pas continuer à arpenter la pente descendante sans un sursaut de ses dignes fils pour retourner sur le lieu du crime du 17 Octobre 1806 pour rendre justice à l’Empereur Jean Jacques Dessalines et tous ceux qui sont victimes de cet assassinat odieux.

Nous sommes bien au temps du réveil. Les Haïtiens doivent faire montre de conscience patriotique afin de sortir le pays de ce bourbier. Plusieurs analystes affirment que l’Haïtien a un chromosome en moins. Nous, nous disons de préférence que l’Haïtien vit une situation de pauvreté et de sécheresse spirituelles. L’être humain est constitué du corps de l’âme et de l’esprit. On dit souvent que c’est le cerveau qui mène le corps. Quand l’esprit et l’âme ne sont pas bien entretenus, l’être humain est en déséquilibre mental. Pour avoir la stabilité mentale, il faut bien qu’on soit en mesure d’établir une balance entre le corps, l’âme et l’esprit. Nous passons tout notre temps â pleurnicher pour les biens matériels, le pouvoir et l’argent; mais nous ignorons notre âme et notre esprit qui doivent être entretenus à bon escient si l’on veut vivre une vie de plénitude. Le problème fondamental auquel Haïti est confronté aujourd’hui est d’ordre spirituel.

Quand l’Haïtien reconnaitra qu’il est avant tout une entité spirituelle et qu’il doit se mettre à l’écoute du créateur et vivre pour aimer son prochain et faire le bien, il pourra s’aimer lui-même, se changer soi-même et changer son pays pour reprendre le titre de l’excellent ouvrage de Maitre Henri M. Dorleans: “Change toi toi-même et change ton pays”. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas vivre pour le Blanc, mais nous devons vivre pour nous-mêmes. Dans la perspective de la globalisation, tout état cherche à tirer son épingle du jeu. Personne ne viendra nous secourir. Nous devons nous-mêmes travailler pour redorer le blason de la République d’Haïti.

Durant ces trente dernières années, nous avons appris durement ce que le populisme, l’avarice, l’appât du gain, la gloutonnerie et la démagogie peuvent donner comme résultat. Le tableau haïtien en témoigne. Le temps n’est plus aux palabres incessants, mais bien à l’action. Nous devons former cette masse critique qui est nécessaire pour prendre notre envol. Les intellectuels noirs de la classe moyenne vivant en Haïti et dans la diaspora doivent assumer leurs responsabilités pour assurer la transmission des connaissances, du savoir, des valeurs positives et des expériences; condition sine qua non pour relever le défi haïtien. Si la science et la technologie à elles seules pouvaient changer un pays,

Haïti serait déjà sur les rails du développement. Comment peut-on parler de développement quand un pays n’as pas d’ancrage culturel. Tous les analystes sont unanimes à reconnaitre que l’égrégore national est perverti. Nous devons retourner à la source qui nous a permis de réaliser les hauts gestes de l’indépendence en 1804. Nous nous gardons de faire un exposé sur cette histoire de source, mais nous pouvons affirmer que le commencement est Dieu. C’est à la source du Créateur qui est  la lumière que nous devons nous abreuver. En cette nouvelle année 2018, l’Eglise a une responsabilité morale de soutenir les plus faibles et les plus pauvres, et de se faire porte-parole des déshérités et des vilipendés.

Somme toute, nous pouvons dire qu’après 214 ans d’indépendence les conzés, les apatrides et les inconscients ne peuvent pas regarder les Blancs dans les yeux. La majorité des appauvris et des combattants peuvent se réserver ce droit, mais ils doivent continuer à lutter sinon ils risquent de passer du cadre de victimes à complices. Haïti renaîtra de ces cendres. Ce n’est qu’une question de temps. Les forces vives de la nation sont appeléés à joindre leurs flambeaux en faisceaux pour projeter une lueur nouvelle sur l’écran d’Haïti. Que l’idéal dessalinien continue à guider les pas des bienveillants et des bien-pensants qui rêvent et qui luttent pour une Haïti nouvelle. Vive Ayiti!

Kerlens Tilus    12/28/2017

Futurologue/ Templier de Dieu

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