par James St. Germain

Dimanche 1er juillet 2018 ((rezonodwes.com))– Tout le désir de René Descartes était de voir l’homme devenir « maître et possesseur de la nature ». Une telle conception était également partagée par Francis Bacon (on ne commande à la nature qu’en lui obéissant). D’après Pierre-André Taguieff, c’est cette vision qui a motivé le sens du progrès en Occident et du même coup facilité la modernité. À l’encontre de cette approche, Jean Jacques Rousseau dans « Emile »et « la Nouvelle Héloïse », a déjà proposé une alternative écologique de manière à éviter les impacts néfastes des progrès de la science sur la nature.


De nos jours, par rapport aux dégâts causés par l’homme dans l’environnement, l’approche rousseauiste est largement valorisée à tel point que certains courants envisagent l’idée de l’économie verte; ce terme, inventé par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement en 2008, vise « une économie porteuse d’amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources ». Cette forme d’économie se veut être une alternative à l’économie capitaliste qui met le monde en péril. On constate que certaines espèces sont en voie de disparition dans certains lieux de la planète. Suivant l’approche éco-centrique de l’environnement préconisant l’interdépendance de tout ce qui existe dans la nature, il est indispensable de préserver tout le patrimoine biotique et même abiotique.

La sonnette d’alarme a été tirée depuis 1992 lors de la Déclaration de la Convention de Rio. Il était question « d’assurer la conservation de la diversité biologique, l’utilisation durable de ses éléments et le juste partage des avantages découlant de l’exploitation des ressources génétiques ». C’est dans cette optique que les aires protégées sont créées. Ce n’est qu’à la suite du sommet de 2012 organisé en France qu’Haïti a donné le signal. À date, elle compte pas moins de 25 aires protégées : 14 marines et 11 terrestres.

Le complexe Baradères- Cayemittes reparti sur quatre (4) communes à savoir Baradères, Boucan, Pestel et Corail a été déclaré aire protégée par l’Etat haïtien en avril 2017. Cette décision a été guidée par rapport à son potentiel écologique et l’ensemble des ressources marines et naturelles dont disposent les quatre (4) communes. Il y a les différentes variétés de mangrove, les récifs coralliens…


Dans ce complexe, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) dont la responsabilité est incombée implémente depuis 2014 un projet baptisé Adaptation basée sur l’Ecosystème (ABE) pour une durée de cinq (5) ans. PNUD a l’obligation d’atteindre les objectifs suivants: • Augmentation de la couverture de : mangroves sur 2,500.00 ha, Récifs coralliens 1,500.00 ha, Herbes marines: 7,000.00 ha• Réductions du niveau d’exploitation non durable des pêcheries (normes, législation etc.)• Diversification/ Développement des stratégies de survivance. Et pourtant rien de concret n’est encore fait sinon la mise en place d’une structure de concertation dont la mission est de faire l’interface entre les responsables du projet et les populations de ces quatre (4) communes. Pour le moment, le bilan est assez maigre. On retient la réalisation de quelques petits projets d’urgence post Matthew et un projet de régénération de mangrove en cours d’exécution à Baradères sans compter un projet d’éducation relative à l’environnement sur le point d’être exécuté d’ici les jours à venir.

Peterson Jean Gilles dans un article paru dans les colonnes Le National a mentionné que «..la gestion intégrale de l’aire protégée est exigée ; la conservation de la nature par l’organisation d’activités comme le tourisme, la recherche et l’éducation ; la conservation d’un monument naturel (grotte, montagne) ; l’action pour la gestion de l’environnement en vue de maintenir un milieu ou une espèce particulière ; la préservation d’un paysage, écosystème qui a été façonné par l’homme ainsi que l’utilisation durable des ressources naturelles au bénéfice des populations.» Par rapport à l’ensemble des objectifs fixés et les résultats attendus, il importe de dire que les enjeux et les défis sont énormes. Tout un ensemble de mesures que ce soit du point de vue économique que ce soit sur le plan environnemental doivent être envisagées pour contrecarrer l’intervention malveillante des habitants des quatre communes dans l’environnement. Serait-ce facile ? Quels sont alors les défis ?

De tous les défis auxquels le secrétariat de la Table de Concertation du complexe actuellement présidé par Ing Agronome Josué Bazile depuis les élections du 21 mai dernier, je retiens le commerce du charbon, le phénomène du grenn goud pour l’éclairage, la cuisson et la construction, la coupe des mangroves pour ces activités-là, l’extradition irrégulière des mines de sable, la pêche anarchique. Comment l’Agence Nationale des Aires Protégées (ANAP) compte-elle pallier tous ces problèmes? Serait-ce facile de lutter contre toutes activités que je viens de mentionner? Autant dire, comment les différentes Tables de Concertation de ce complexe vont-elles travailler pour éviter que les habitants d’avoir des comportements anti-écologique? Serait-ce facile pour que l’homo oeconomicus puisse devenir un homo sociologicus?


Dans les communautés d’extrême pauvreté, les enjeux ne sont pas aussi faciles à adresser. Ils sont non seulement d’ordre politique mais aussi d’ordre économique. Au niveau des impacts sur le milieu de vie, on doit assister à la régénération de la flore et au repeuplement des espèces fauniques. Les facteurs ayant rapport à la restauration de cet équilibre écologique seront entre autres : l’éducation environnementale à travers les campagnes de sensibilisation et la vulgarisation des arrêtés municipaux, le respect des limites du zonage élaboré avec le concours des acteurs locaux ; la surveillance communautaire des zones gardant une bonne couverture végétale ; la pratique de l’agroforesterie ; la lutte anti- braconnage ; l’aménagement et la protection des zones dédiées au tourisme de découverte, l’usage des techniques d’exploitation durable des produits forestiers non ligneux.

Concernant les retombées socio-économiques, le projet devrait-il contribuer au désenclavement de la région à travers l’aménagement des routes rurales, la réhabilitation et la construction des ponts. En outre, des activités socio-économiques seront-elles orientées vers l’instauration du fonds d’entreprise communautaire destiné à l’octroi des microcrédits en guise de mesure compensatoire, ce qui devrait permettre de créer des emplois (directs et indirects) pouvant contribuer à accroître les revenus des ménages permettant d’améliorer leurs conditions de vie. Ces quatre communes ont tellement de couloirs écologiques, de belles plages, pourquoi ne pas inciter les activités éco-touristiques ? Combien de visiteurs devrions-nous attendre tous les mois? Combien d’activités génératrices de revenus seront-elles envisagées?

Si effectivement, le plan adresserait autant de problèmes, les Brakadè comme nous appelons chez nous seraient moins pourvus de sacs de charbon, de grenn goud à embarquer en destination de Port-au-Prince. Et il y aurait de moins en moins de camions transportant de charbon partant des zones frontalières Baradères-Pestel. Le problème de pêche anarchique serait plus au moins régularisé.

Si ce ne serait pas le cas, les objectifs fixés par les responsables du projet ABE seraient difficiles à atteindre. Et il serait également difficile pour le Brigade de surveillance des Aires protégées (BSAP) de freiner des pratiques malveillantes à l’égard de l’environnement. Il n’est pas possible de combattre les actions irrationnelles par le matraquage. Car le problème est d’abord sociologique et économique. Pour être vrai, certaines études confirment que les Haïtiens n’avaient pas dans le temps la pratique d’abattre les arbres et ce n’est qu’avec la dégradation de la vie socio-économique qu’ils s’y livrent même si d’autres affirment le contraire.

Les avantages à offrir sont là. Les plages, les grottes, et d’autres attractions sont dépistées. Elles peuvent concourir à créer des emplois, et du même coup à réduire les mauvaises pratiques de l’homme sur l’environnement. Que ce soit l’approche homo-centrique, que ce soit l’approche éco-centrique, elles sont toutes d’application dans une perspective de pallier les impacts de l’homme sur l’environnement. Et l’approche gendarme envisagé par le Ministère de l’environnement et de l’ANAP pour préserver les aires protégées n’est pas apte à donner des résultats viables. Que les responsables du projet ABE ayant la responsabilité du complexe puissent penser aux meilleures alternatives.

James St. Germain, Sociologue