Le 23 août 1791, c’est également le début d’une longue lutte menée par des esclaves de Saint-Domingue pour aboutir à la victoire de Vertières nous ayant conduits à l’Indépendance, le 1er janvier 1804. Mais qu’avions-nous fait dès lors de cette liberté ?

Comment peut-on être indépendant lorsque la France, les États-Unis et le Canada nous ont mis un couteau sous la gorge ? Comment se dire indépendant lorsqu’on ne peut rien faire sans l’approbation des Blancs/esclavagistes?

par Rosie Bourget
r_bourget@yahoo.com
Maîtrise en Travail social poète/écrivaine


Miami, mercredi 22 août 2018 ((rezonodwes.com))–Qu’est-ce qu’une Traite ? Les Traites négrières, également appelées Traite des Nègres ou Traite des Noirs, sont des commerces d’esclaves dont ont été victimes, par millions, les populations de l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et l’Afrique australe durant plusieurs siècles. Ces esclaves ont été expédiés vers les colonies d’Amérique essentiellement dans le cadre d’un commerce pratiqué par les Européens, du XVIe au XIXe siècle.

La Traite négrière a pour but d’amasser de l’argent grâce au travail des esclaves, de construire de belles colonies avec la sueur et le sang des captifs. La Journée internationale du souvenir de la Traite négrière et de son abolition est célébrée le 23 août de chaque année.

C’est dans la nuit du 22 au 23 août 1791 qu’a commencé, à Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti et République dominicaine) l’insurrection qui devait jouer un rôle déterminant dans l’abolition de cette pratique transatlantique.

À quand remonte la Traite négrière?

Le début de la Traite négrière transatlantique organisée par l’Europe date de 1441, lorsque des navigateurs portugais ramènent les premiers esclaves nègres au Portugal. La traite a été abolie au XIXe siècle, petit à petit, par tous les pays d’Europe et d’Amérique, mais l’utilisation d’esclaves perdura dans le monde, d’abord légalement, puis clandestinement jusqu’à aujourd’hui.

Presque deux siècles après l’abolition de l’esclavage, les stéréotypes négatifs ont la vie dure et n’ont pas permis de changer durablement le paradigme racial sur lequel s’est organisée, et s’organise encore, la vie de millions de personnes dans différents pays, comme Haïti, et continents, dont celui de l’Afrique, à coup d’ inégalités sociales, économiques, en termes d’éducation, culturelles, environnementales politiques, et y compris dans les relations internationales.


L’esclavage, le commerce des esclaves, le colonialisme et l’occupation étrangère/américaine (à plusieurs reprises) ont créé des injustices dont les conséquences continuent de se faire sentir jusqu’à aujourd’hui. C’est pour cette raison qu’en avril 2003, à l’occasion du bicentenaire de la mort de Toussaint-Louverture, Jean-Bertrand Aristide, le premier, le seul président élu démocratiquement depuis l’indépendance hypothéquée, affirmait que c’est la France qui a une dette en vers Haïti et non l’inverse. Aristide reconnaissait et voulait que soit reconnu le droit des victimes à une réparation, peu importe la forme. Il demandait restitution et réparation pour les dommages commis par l’esclavage et pour la rançon exigée en 1825 pour la reconnaissance de l’indépendance de l’ancienne colonie française. Il réclamait à la France 21 milliards de dollars (21 685 135 571,48 dollars), soit la valeur capitalisée des 90 millions de francs or payés comme tribut.

En effet, en tenant compte de l’inflation ainsi que d’un taux d’intérêt minimal, certains mouvements sociaux estiment que cette somme pourrait dépasser les 21 milliards de dollars US estimés en 2003. Mais après l’intervention politique et militaire franco-étasunienne, ayant abouti au renversement d’Aristide, en février 2004, le gouvernement intérimaire Alexandre-Latortue abandonne la réclamation de la restitution à la France qu’elle qualifie d’ « illégale».

Rappelons qu’à cause de son impertinence, sous les pressions exercées par la communauté internationale, plus particulièrement par la France et les États-Unis, M. Aristide a été forcé de quitter le pays, le 29 février 2004, par un commando des forces spéciales des États-Unis. D’aucuns prétendent que ce commando avait pour mission d’assurer la protection de la famille du président déchu car ce dernier avait signé sa lettre de démission avant de s’embarquer pour l’exil.

Certes, Aristide incitait à la violence, qui ne se souvient pas du fameux père Lebrun et ses paroles célèbres « ala yon bèl zouti, li bèl, li bwodè (…) » ? Par contre, jusqu’à date, il est le seul à avoir le courage de prendre l’initiative d’une demande de réparation digne et juste de la France (le cancer qui a détruit Haïti).

Les dirigeants haïtiens font semblant de souffrir de l’amnésie collective afin d’éviter tout débat sur de possibles réparations. D’ailleurs, parlant de père Lebrun, en tant que prête et copie conforme de l’Église catholique, on ne peut rien reprocher à Aristide d’avoir incité la population à la violence. À l’époque des grandes conquêtes maritimes, elle avait considéré la Traite négrière comme une chance de pouvoir étendre l’Évangile. Elle semble avoir oublié un commandement de l’Exode qui dit : «Celui qui dérobe un homme, et qui l’aura vendu ou retenu entre ses mains, sera puni de mort. (Exode XXI : 16)».


L’Eglise trouvait même des justifications afin de disculper les consciences des traitants chrétiens : sa position par rapport à la Traite négrière n’allait pas être un épiphénomène. Loin de là, ses encouragements à l’ensauvagement esclavagiste continueraient tout au long de la période négrière, à l’instar de l’activisme doctrinaire de l’éminent théologien français Bellon de Saint-Quentin, qui se servait des Saintes Écritures pour libérer la conscience des traitants qui s’en remettaient à sa science.

C’est pourquoi l’Église catholique avait pris une position favorable pour le commerce des Nègres. Elle l’avait même soutenu, pourvu que les esclaves soient convertis. Le Code noir demande, dès le premier article, de faire instruire la religion catholique et de faire baptiser tous les esclaves. C’est en vue d’une large christianisation des Nègres que l’Église avait montré sa disposition pour assister l’esclavagisme.

Il est important de signaler que le 8 janvier 1454, le pape Nicolas V , Tommaso Parentucelli, (1398-1455) autorisa l’esclavage.

C’est la sinistre journée où le Vatican déclara la guerre sainte contre l’Afrique dans sa bulle papale « Romanus Pontifex ». Par cette bulle, le pape Nicolas V concédait au roi du Portugal, Afonso V , et au Prince Henry, ainsi qu’à tous leurs successeurs, toutes les conquêtes en Afrique en y réduisant en servitude perpétuelle toutes les personnes, considérées comme infidèles et ennemies du Christ, et en s’appropriant tous leurs biens et royaumes.

Quel est l’attitude des esclavagistes vis-à-vis d’Haïti ?

Malgré une lettre ouverte au président français Nicolas Sarkozy, dans laquelle plus de 90 écrivains, universitaires de renom et autres personnalités mondialement connues demandent publiquement au gouvernement français de restituer les 90 millions de francs or extorqués d’Haïti, la France se refuse toujours de restituer la dette historique de son indépendance à Haïti. La France a pourtant une lourde responsabilité dans les affaires haïtiennes, en particulier dans l’état de pauvreté dans lequel se démène la population du pays.

Rien sur ce crime contre l’humanité, pas un mot des esclavagistes. Aucune excuse, ni restitution, ni réparation les horribles souffrances endurées par les femmes, les enfants et les hommes arrachés à leur terre, soumis au traitement le plus humiliant ayant permis aux capitalistes négriers de s’enrichir sur leur vie. Aucun dirigeant politique haïtien ne s’est prononcé sur l’ingérence des esclavagistes.

Et l’ Haïtien se dit indépendant, vraiment !

Comment peut-on être in dépendant lorsque la France, les États-Unis et le Canada nous ont mis un couteau sous la gorge ? Comment se dire indépendant lors qu’on ne peut rien faire sans l’approbation des Blancs/esclavagistes ?

Pouvons-nous organiser des élections sans la surveillance d’observateurs internationaux ?

Après avoir perdu son « Je crois en Dieu », Gérard Latortue s’est fait arracher les oreilles pour avoir prononcé la petite phrase « nos libérateurs», après le départ d’Aristide, en 2004. Le Département d’Etat lui a pris au collet, vous vous en souvenez ?

Être indépendant cela veut dire : celui qui a son autonomie, sa liberté d’action et d’expression et, en particulier, qui subvient lui-même à ses besoins. En d’autres termes, être indépendant, cela signifie se gouverner soi-même.

Est-ce qu’Haïti est indépendant ?

Il y a (214) deux cents quatorze ans, des hommes courageux se sont révoltés à Saint-Domingue pour la liberté. Aujourd’hui, nous devons imiter leur courage. Nous devons, ensemble, prendre des mesures pour mettre fin aux crimes qui privent d’innombrables victimes de leur liberté, de leur dignité et de leurs droits. Nous devons combattre l’impunité sans relâche. Nous devons mobiliser la volonté politique en faisant pression aux niveaux national et international pour qu’à Haïti soit enfin libre et autonome.

Rosie Bouget
r_bourget@yahoo.com
Maîtrise en Travail social poète/écrivaine
texte extrait de Haïti-Observateur
Edition du 22 au 28 août 2018

Rare photograph of a slave ship – 1882, taken by Marc Ferrez