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La présidence s’enlise dans une campagne de sourd politique, dont la ténacité défie les prouesses de l’histoire de la Première République noire indépendante du monde. Ceci dit, nous sommes face à un défi d’affrontement qui aboutirait à un suicide collectif, comme au temps des dix hommes noirs d’Etzer Vilaire.

par Elco Saint-Amand
et Claudy B. Auguste

Mercredi 15 novembre 2017 [www.Haïti-Observateur.ca] ((www.rezonodwes.com)).-L’histoire d’Haïti, au fil des ans, a connu de nombreux soubresauts et des luttes d’inégalités sociales surmontées de divergences politiques, mais jamais les opinions diverses n’inquiétaient autant et divisaient la nation. Le président Jovenel Moise, dans sa velléité d’aller à contre-temps de l’histoire, semble-t-il, n’a rien retenu des leçons données par le peuple haïtien au matin du 7 février 1986, en rompant avec le pouvoir absolu d’un homme, d’un parti ou d’une bande de racailles sans aucun élan de patriotisme.

Comment défendre des promesses de campagne non programmées ?

La présidence s’enlise dans une campagne de sourd politique, dont la ténacité défie les prouesses de l’histoire de la Première République noire indépendante du monde. Ceci dit, nous sommes face à un défi d’affrontement qui aboutirait à un suicide collectif, comme au temps des dix hommes noirs d’Etzer Vilaire.

Nous respectons toutes promesses de campagne non programmées du président de la République, mais nous ne défendrons jamais son attitude qui mène au chaos plutôt qu’au dialogue : État et Citoyen. Depuis un certain temps, nous observons le comportement d’un président enfantin jouant avec un revolver que son père a oublié sur la table, parce qu’il était rentré saoul à la maison après avoir bu et bien dansé au dernier Carnaval des Cayes de 2017. Une situation qui relaie l’insouciance de la bêtise de Jovenel Moïse.

L’humilité du chef doit être dans toutes les mesures de responsabilité

Depuis l’organisation des élections de 1990, la population haïtienne a malheureusement son spasme de folie à vouloir changer sa douleur narcissique en une douceur de jouissance qui se fait en toute liberté un espace de droit et de devoir. Notre théorie critique de la valeur se repose sur la constante de l’incompétence de nos présidents gérant le pays à travers l’abstraction induite par l’impunité et la marchandisation de la morale en politique. Tout s’achète ou presque avec la grosse caisse noire échappée à tout contrôle du CSCCA. Le président Jovenel Moïse qui, dans sa boulimie d’expansion sociale bâtie sur le favoritisme, est venu à la tête du pays, mais il se voit heurter à un mur, car son passé de coquin le rattrape au collet et la seule option qui lui reste est celle de la raison.

Quid de la contre morale en politique ? Il semble bien que nous soyons confrontés ici à une insomnie politique qui, loin de défendre les intérêts du peuple, le manipule pour imposer à notre pays un agenda de « ti zanmi » basé sur l’exclusion, l’impunité, la corruption gangrenée, le clientélisme et le népotisme.

L’arrivée de Jovenel Moïse au Palais national, il y a à peine dix mois, est, en fait, l’aboutissement d‘une longue parade de dirigeants irrespectueux des normes morales et sociales. Disons le avec force, ce besoin de se justifier, tout en méprisant la voix des autres, est carrément un déni d’humanité. C’est également, à qui veut l’entendre, l’échec flagrant du pseudo-démocrate Jean-Bertrand Aristide croyant encore servir la messe du dimanche où il avait pour toute réponse: Amen ou Ainsi soit-il!

L’introspection dans la gestion du pays, Jovenel Moise perd sa foi sociale

Notre président entend défendre les intérêts du peuple, il en sape lui même les fondements tout en rejetant le contrat social qui fut à l’origine de la République, un ciment qui nous unit. Certainement, le mal entendement du chef est peut-être un frein à la tolérance en démocratie, car l’autre petite voix compte et doit être pour le moins respectée.

Il y a quelques années, M. Moïse ne pouvait pas accéder à la magistrature suprême de l’État en tant qu’un inculpé déclaré. Surtout, s’il s’arme d’une politique qui refuse de consolider les bases de notre démocratie. Son comportement est inique et dangereux et frise l’intolérance. Avec l’arrivée au pouvoir du régime tèt kale, l’équilibre social est aujourd’hui la première déception pour un citoyen haïtien imbu de ses responsabilités civiques. Nul ne sait où veut aller le président actuel. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.

Pathétique, ce retournement des bottes jaunes du président haïtien au rendez-vous avec l’histoire. Avoir suivi ce dernier dans ses prises de position, et surtout dans ses actions, on dirait qu’il ne maîtrise pas trop l’histoire des peuples. Il se fourvoie par le fait de vouloir réunir quelques éléments de la classe politique au Palais autour de la question du financement des partis politiques. La loi sur le financement de ces entités est en vigueur, pourquoi ne pas tout simplement l’appliquer ? Une autre forme de corruption étatique.

L’incohérence des actes du président

Notre président patauge dans l’informel. Il est un homme politique émotionnel, qui ne retient pas son souffle quand il prend la parole en public. Puisqu’il dit et raconte n’importe quoi en multipliant promesse sur promesse.

Qui ne se souvient pas de notre président, à la tribune des Nations Unies, quand il a parlé de la crise israélo-palestinienne ? Qui ne se rappelle pas la prise de position du président contre l’indépendance de la Catalogne ? Nous avons toujours considéré le culte de la science et le respect des faits de l’histoire des peuples comme étant le seul digne et constant dévouement de tout citoyen qui est appelé à diriger les destinées de sa patrie.

Peut-on être une exception dans le monde quand on est chef d’État ?

Il ne devrait y avoir aucune différence fondamentale entre le président d’un pays riche et celui d’Haïti qui a connu un certain temps la jouissance totale de l’indépendance ? La réponse est bien simple si l’on considère cette émulation où l’on prend les faits de manière théorique et les transmet dans la pratique.

Ici vient la dimension inverse des dirigeants haïtiens qui ne croient en rien sinon que dans leurs poches, prenant la liberté de manipuler le destin du peuple. Ils en jouissent sans être satisfaits. Notre président actuel n’étant pas exempt des théories irrationnelles de l’Haïtien au pouvoir, se voyant aujourd’hui, dans sa tête, comme l’homme le plus viril politiquement, à la manière d’un Jean Bertrand Aristide qui refusait d’admettre ses élans anti-démocratiques affichés sous différentes formes en s’assurant de la passation du pouvoir à son protégé Ti René. Pour Jovenel Moise, ce sera l’inverse ou tout au moins ce qui se dessine avec le retour en force d’une armée qui a endeuillé dans le temps des milliers de foyers haïtiens.

Ivres du pouvoir pour le pouvoir, ces présidents aux réflexes autocratiques promettent aux classes défavorisées, déboussolées, la corruption en lieu et place de la répartition équitable des richesses et ce, dans une Haïti naufragée face la montée du leadership de la République dominicaine, dans les Caraïbes et l’Amérique Latine; et les nombreuses manifestations organisées par la société civile contre la corruption institutionnelle.

PHTK : Un concept bancal

Actuellement, personne ne peut échapper à la vindicte de la morale, particulièrement tous ceux qui ont consacré toute leur vie professionnelle et politique à voler, détourner et piller les deniers de la République. La crise de confiance entre l’État et la Nation est d’une telle profondeur avec la conclusion du Rapport de la Commission éthique du Sénat qu’il ne faudra pas hésiter à innover et à changer profondément le mode de fonctionnement de l’État. Si le rapport sur le gaspillage du fonds PetroCaribe a indexé plusieurs anciens et hauts fonctionnaires aux yeux larmoyants, cela devrait aussi indiquer les blocages au développement du pays et les indices pour sortir du cercle vicieux de la corruption.

Quand on refuse de débattre le mal en toute transparence, on finira par perpétrer les tensions sociales et en définitive on tire tout le pays vers le bas fond des égouts.

Le courage de dire non à la corruption est sans doute la plus grande faiblesse de la démocratie haïtienne en gestation depuis ces 30 dernières années. Avec un président inculpé, PHTK n’en revient pas ! L’idée de combattre la corruption restera la question primordiale.

De toute façon, comme on n’y peut rien avec une société civile très peu exigeante, mieux vaut accepter de donner à Jean Max Bellerive et à Laurent Salvador Lamothe, la palme d’or des gens les plus corrompus depuis l’instauration du poste de Premier ministre exigée par la Constitution de 1987, dans la gestion administrative et politique du pays.

Et ce sera justice compensatoire d’une population qui se fait depuis fort longtemps complice des voleurs qui détournent la nation de son cheminement vers le réel développement durable.

Le Sénat et la présidence

Le temps qui passe ne bonifie pas le vin de la démocratie non issue d’un pluralisme politique. Au contraire, il lui procure beaucoup plus d’acidité que de fermentation. Ainsi, nous retrouvons-nous face à une équation où le Sénat se réclame involontairement de la présidence. Qui se souvient de la lettre ouverte du Conseil supérieur de la police judiciaire (CSPJ) adressée au Sénat juste avant le vote de la loi des finances 2017/2018 ? Aucune réponse n’a été donnée ! Et on connaît la suite : Le silence des magistrats de la Cour de Cassation ! Assurément ils seront arrosés de prébendes extraites de la caisse noire présentée sous la rubrique « Autres Interventions » du budget dit criminel 2016-2017 par une bonne frange de l’opposition en mal de trouver une représentativité unique face à un président prêt à offrir des bons « d’exonération de véhicules » aux édiles pour acheter leur silence.

À l’analyse, ce fut particulièrement dommageable s’agissant de la si complexe et si exigeante question d’interdépendance des pouvoirs de l’État qui ont cessé d’exister avec le duo du triple A aux commandes du Parlement. Tout le monde accepte le vote favorable des parlementaires et cette loi des finances est en vigueur en dépit de nombreuses contestations des différents secteurs de la société. Ce qui est d’autant plus méprisable, l’Exécutif s’arroge (en démocratie) le droit d‘apporter des correctifs au texte-loi « adopté» par le Législatif. Tout va pour le mieux dans cette République poussant à l’abandon des jeunes, le soi-disant avenir et l’espoir de ce pays.

Au fond de nous-mêmes, la République est mal à l’aise quand, d’un côté le riche s’enrichit de plus en plus, et de l’autre, le pauvre s’enfonce plus profondément dans le dénuement, bafouant ainsi l’idéal de tout être humain de vivre en toute dignité.

Le peuple haïtien a peur de choisir son destin

Quand le peuple devient, à travers sa tolérance, l’artisan de son échec, il est vraiment difficile de cerner l’engagement des dirigeants. En agissant ainsi, on a divisé le bien commun, raidi et crispé les idéaux de chaque citoyen, et radicalisé le mépris de tous. La majorité s’est sentie agressée dans sa dignité, et la minorité se voit complice de sa propre indignité. En un tour de main, ce mal entendement nous pousse au suicide collectif menant à la fuite du pays par tous les moyens.

Peut-on redéfinir les rôles dans une telle conjoncture ?

Qui peut changer Haïti ? Est-ce encore possible de rattraper à la bonne gare le train du changement ?

En posant cette question, nous avons peut-être commis une erreur de réflexion, car le pays vit depuis quelque temps sous un baril de poudre. Étant prêt à l’explosion, tout le monde vit avec la peur du lendemain. Malheureusement, nous avons trop souvent pris le silence de la masse, des défavorisés comme fait accompli… Et pourtant, le silence ne signifie pas acquiescement, que le peuple s‘est livré à un complet et total abandon sans remettre en question son insouciance. Rien n’est plus loin de la réalité. Car la révolte populaire est à nos portes.

Diriger ou piller : Quel choix ?

Quelle est l’équation la plus facile pour un président dont le nom est inséré dans tous les rapports où la corruption est dénoncée ?

Cette caricature à haïtienne nous entraîne inexorablement dans une guerre pour le changement qui ne parviendra peut-être jamais, car l’instabilité politique tolère les voleurs à la tête de l’État.

Peut-on s’attendre à une suite judiciaire après la conclusion du rapport de la Commission sénatoriale dirigée par le sénateur Evalière Beauplan ?

Faisons en sorte que les sceptiques s’inspirent de la vérité afin qu’ils puissent témoigner des bienfaits de la génération d’après 1986, laquelle, il faut le souhaiter, œuvrera pour traîner les corrompus éhontés de la République et leurs complices nationaux et internationaux par-devant les tribunaux du peuple haïtien; et ce sera justice.

Nous écrivons et pensons déjà au courage que sauront afficher les commissaires du gouvernement et les juges d’instruction qui oseront poursuivre sans démagogie les voleurs d’Haïti, ces pourfendeurs de la patrie qui eurent à l’asservir en lieu et place de la servir. Oseront-ils couper la branche d’arbre sur laquelle certains de ces hommes de loi sont assis ?

Entre-temps, le nouveau tube à la mode, nonobstant un vote d’adoption ou de rejet du rapport de la Commission-Beauplan, c’est que la nation connaît officiellement les noms de presque tous les dilapidateurs du fonds PetroCaribe, quitte à ce qu’ils prouvent le contraire par devant un tribunal de droit commun fonctionnant dans un pays (normal) où l’Etat de Droit est instauré. Ce n’est ni à coups de correspondance ouverte adressée au président du Sénat, non plus à coups de déclarations au micro de la presse qui feront changer les perceptions ou renflouer les caisses détournées de Petro Caribe.

Quand il perd tout espoir de faire entendre ses revendications par la justice, le peuple haïtien s’en tient à ce qu’il sait de la conclusion du rapport relatif à la dilapidation des ressources générés par le pétrole vénézuélien. Des mercenaires qui ont mis le pays en coupes réglées ont tout volé de ce qui reste des maigres ressources du pays; et qui pis est, ils courent encore les rues et se montrent plus arrogants, plus menaçant que jamais. Parmi eux, il y en a qui s’accrochent dur comme fer à leur poste.

Me. Elco Saint Amand, av.
Claudy Briend Auguste, journaliste-écrivain

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