À cette fin, nous devons prendre notre courage collectif et notre patriotisme à deux mains pour exiger la poursuite des accusés, la punition de ceux reconnus coupables du plus grand vol jamais orchestré par les gouvernants de toute l’histoire de la République d’Haïti, ainsi que la restitution des sommes volées. Ce sera justice !

Tous ensemble : Exigeons que lumière soit faite sur l’usage du fonds PetroCaribe

Extrait de l’Éditorial du 22 août 2018 de l’hebdomadaire Haïti-Observateur


New York, mercredi 22 août 2018 ((rezonodwes.com))–Il incombe tout d’abord au président Jovenel Moise de faire le retrait du décret publiant dans Le Moniteur, la Résolution du Sénat concoctée par le sénateur Joseph Lambert et renforcée par le sénateur Kedlaire Augustin qui défendait bec et ongles entre autres l’ancien ministre Wilson Laleau, le maître à penser du gouvernement Tèt Kalé 2, l’un des indexés à côté de Laurent Lamothe dans le rapport de dilapidation de fonds de Petro Caribe.

À force d’insister, surtout dans les organes de presse écrits, radiodiffusés, télévisés et les media sociaux que lumière soit faite sur l’usage du fonds Petro Caribe et que les voleurs des USD 3,8 milliards $ soient clairement identifiés et livrés à la justice, la donne commence à changer.

D’un côté, les différents secteurs de la société, tant au pays natal qu’au sein des différentes communautés haïtiennes d’outre-mer, un consensus de plus en plus solide se forme autour de ce projet. De l’autre, la publication, ce week-end, de « l’ordonnance communiqué aux fins de réquisition d’informer » émise par le juge instructeur Paul Pierre relative aux plaintes déposées au Parquet de Port-au-Prince, contre les dilapidateurs du fonds PetroCaribe, constitue un message clair adressé aux accusés, quels qu’ils soient.

Le dossier PetroCaribe fait une avancée décisive

Après avoir piétiné pendant plusieurs mois, exposé aux caprices d’un Jovenel Moïse s’acoquinant avec et protégeant les anciens hauts fonctionnaires épinglés dans les deux rapports des deux enquêtes qui ont été pilotées tour à tour par les sénateurs Youri Latortue et Évalière Beauplan, le dossier PetroCaribe fait une avancée décisive, une importante étape est franchie, selon l’avocat André Michel, qui est à l’origine des plaintes déposées et celui qui mène l’accusation au nom des plaignants. Tout semble indiquer qu’après cette longue période de stagnation imposée par le président haïtien et son équipe, le dossier a reçu une chiquenaude occulte ayant provoqué des pas importants coup sur coup.


En effet, poussé par on ne sait quelle force, Jovenel Moïse, dans le cadre de la cérémonie de présentation de son Premier ministre choisi, le notaire Jean Henry Céant, s’est déclaré en faveur de la mise en branle de l’action publique contre toutes les personnes impliquées dans le vol des USD 3,8 milliards du fonds Petro Caribe. C’est, d’ailleurs, la priorité des tâches qu’il demande au chef du gouvernement de mettre en train, au cas où l’énoncé de sa politique générale serait agréé par le Parlement.

M. Moïse, qui donnait l’impression de parler sans langue de bois ni état d’âme — à cette occasion tout au moins —, a déclaré : « 3, 6 milliards de dollars ont été dépensés au cours des 10 dernières années. Cependant, on ne peut pas dire que le pays a atteint le niveau de développement espéré. Quelque part, ce n’est pas une question de persécution politique ou d’emprisonnement. La vérité doit être établie. Nous devons éplucher les dossiers, les dépenses de PetroCaribe ». (A noter que le président a modifié à la baisse, soit USD 200 millions de moins, la somme escroquée). En faisant cette précision, M. Moïse voudrait-il insinuer que l’investigation en cours aurait identifié le vrai montant ? Ou qu’on aurait déjà récupéré 200 millions ?)

Les promesses que le président Jovenel a faites tout au long des seize mois depuis sa prestation de serment…le font passer pour un « menteur confirmé »

Pour s’en être pris avec véhémence, auparavant, contre les demandeurs de reddition de compte et la poursuite des individus accusés de vol de deniers publics, ces dernières déclarations de Jovenel Moïse n’ont pas l’air de convaincre grand monde. Surtout qu’il est trop souvent susceptible de revirements spectaculaires et raconte des faits infondés, sans se soucier le moindrement des critiques. Les promesses qu’il a faites, tout au long des seize mois depuis sa prestation de serment, comme, par exemple, la Caravane du changement et des bourses d’étude promises aux bacheliers du Nord-est, ou l’électricité 24 heures sur 24 dans 24 mois pour toute la République, ainsi que la construction de routes et d’hôpitaux, etc., le font passer pour un « menteur confirmé ».

Aussi prend-on avec un grain de sel ces velléités exprimées d’aller au fond du pillage des milliards provenant de la vente des produits pétroliers vénézuéliens.

Autre aspect important dans l’affaire PetroCaribe est l’allure internationale que prend désormais son traitement. Il ne s’agit plus d’un scandale local ou national, mais d’un dossier exposé à la face du monde, et qui entre dans le cadre des sujets traités dans les media étrangers. Pour s’en convaincre, il suffit de savoir que, dans son émission de nouvelles du dimanche (19 août), Radio France Internationale (RFI) a informé ses lecteurs nationaux et internationaux de ce qui se passe en Haïti eu égard au vol des USD 3,8 milliards $ qui ont été détournés par des Premiers ministre, ministres, directeurs généraux et autres ex-haut fonctionnaires de l’État.

Mais le plus grand événement se rapportant à PetroCaribe est, sans conteste, l’ordonnance du juge d’instruction Paul Pierre dans laquelle il déclare « recevables » les plaintes soumises au Parquet de la capitale par l’avocat André Michel, au nom d’environ une douzaine de plaignants (depuis, une soixantaine). Le juge instructeur Paul Pierre avait rendu cette ordonnance depuis le 22 février de cette année, mais des sources crédibles ont fait savoir que l’ingérence de l’Exécutif faisait tarder la communication requise du document au Parquet pour les suites que de droit. Jusqu’à ce dernier week-end.

Et l’ordonnance du juge Pierre de déclarer :


« (…) le Doyen du Tribunal de première instance de Port-au-Prince a, conformément aux dispositions de l’article 97 du Décret du 22 août 1995 relatif à l’organisation judiciaire, désigné notre Cabinet d’instruction pour instruire l’affaire suivant ordonnances datées des 7 et 19 février 2018;
« Attendu que selon les dispositions de l’article 50 du Code d’instruction criminelle précité : ‘ Toute personne qui se prétendra lésée par un crime ou un délit pourra en rendre plainte et se constituer partie civile devant le Juge d’instruction, soit du lieu du crime ou du délit, soit du lieu de la résidence du prévenu, soit du lieu où il pourra être trouvé;
« Que l’article 57 du même Code dispose : Le Juge d’instruction compétent pour connaître la plainte en ordonnera la communication au Commissaire du gouvernement, pour être par lui requis ce qu’il appartiendra;
« Qu’à la lumière de tout ce qui précède, il y a lieu de communiquer les plaintes susmentionnées au Parquet près le Tribunal de première instance de Port-au-Prince aux fins de son réquisitoire d’informer;
« Par ces motifs, « Ordonnons la communication immédiate des plaintes susmentionnées au Parquet du Tribunal de première instance de Port-au-Prince, en vue de son réquisitoire d’informer;
« Disons que ledit réquisitoire, une fois pris, sera acheminé au Cabinet d’instruction du Juge Paul Pierre de ce Tribunal; « Ce qui sera exécuté ».

Kote lajan Petwo Karibe-a ?

Contrairement aux attentes des individus cités comme prévenus dans les plaintes déposées au Parquet, le dossier PetroCaribe avance désormais. Son cheminement régulier et systématique va dépendre de l’ardeur des demandeurs de compte à maintenir les pressions sur les autorités du pays, surtout celles qui ont trop longtemps gardé le dossier en otage. Mais les événements de ces derniers jours déclenchant une mobilisation citoyenne quasi générale au tour tu thème « Kote lajan Petwo Karib la ? » (« Où est passé l’argent du fonds PetroCaribe ? »), témoignent de l’engagement de toutes catégories d’ Haïtiens dans la recherche de la vérité sur l’utilisation de cette fortune et la justice pour le peuple haïtien.

À cette fin, nous devons prendre notre courage collectif et notre patriotisme à deux mains pour exiger la poursuite des accusés, la punition de ceux reconnus coupables du plus grand vol jamais orchestré par les gouvernants de toute l’histoire de la République, ainsi que la restitution des sommes volées. Ce sera justice !

Haïti-Observateur 22 – 29 août 2018